
[S'orienter, une collection 2/2]
Accéder à la partie [1/2]
Et si le japonisme ne racontait pas seulement l'influence des arts japonais sur la création occidentale, mais aussi la possibilité d'être transformé par une rencontre ?
D'avril à octobre 2026, le cycle S'orienter, un cycle sur le japonisme et ses vies a exploré cette question à travers quatre actes, un ensemble d'œuvres réunies au fil de près de dix années de recherche, et autant de manières d'interroger ce qui se joue au contact d'une autre culture.
Rejouer des formes, lâcher prise, prendre part au vivant, devenir autre : autant de chemins pour penser la création comme une expérience de déplacement.
À travers ce parcours, la rencontre avec la culture du Japon apparaît moins comme une histoire d'influences que comme une invitation à reconsidérer nos façons de voir, de créer et d'habiter le monde.
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Pour accéder à l'intégralité des œuvres présentées dans le cycle S'orienter, un cycle sur le japonisme et ses vies
Retrouvez ci-dessous les pièces des actes 3 & 4,
et les pièces des actes 1 & 2 dans [une collection 1/2]
Un cycle de recherche en quatre actes
Récits par Augustin David ©galerie stimmung
Photographies des œuvres par Léang Seng
Que peut nous apprendre la rencontre avec l'autre ? Peut-elle nous apporter de nouvelles formes, enrichir notre imaginaire, renouveler nos manières de créer ? Ou peut-elle aller plus loin, jusqu'à transformer notre façon de regarder le monde et la place que nous y occupons ?
C'est autour de ces questions que j'ai conçu S'orienter, un cycle de recherche et de présentation consacré au japonisme et à ses vies ultérieures. D'avril à octobre 2026, quatre actes m'ont permis d'explorer les effets de la rencontre entre les arts du Japon et la création occidentale, à travers un corpus d'œuvres réunies au fil de près de dix années de recherche.
Le japonisme est généralement abordé comme un phénomène historique : la découverte des arts japonais par l'Europe, la circulation de leurs motifs, l'influence de leurs compositions sur les artistes occidentaux. Cette histoire est essentielle. Mais elle ne suffit pas à rendre compte de ce qui se joue dans certaines œuvres, ni de la profondeur des transformations que cette rencontre a pu susciter au-delà. Elle ne rend pas non plus compte de son pendant tout aussi notable : l'occidentalisation des savoirs en Orient qui n'aura pas été abordée ici.
Ce qui m'intéressait est précisément ce qui se produit au-delà de l'emprunt visible. Car accueillir une forme venue d'ailleurs, ce n'est pas nécessairement chercher à se l'approprier ou à la reproduire. C'est aussi accepter qu'elle mette à l'épreuve nos habitudes, déplace nos certitudes et nous donne accès à des possibilités que nous n'avions pas envisagées.
S'orienter, ici, ne signifie pas trouver un modèle à suivre, mais consentir à un déplacement des coordonnées de ce qui fait un monde.
Le premier acte, Mimèsis, rejouer un répertoire, interroge la reprise des formes. Comment apprendre d'un vocabulaire artistique étranger sans le réduire à un ensemble de signes disponibles ? La mimèsis n'est pas seulement imitation : elle peut devenir une pratique d'apprentissage et de transformation, par laquelle l'artiste éprouve une forme, en comprend la logique et la réinvente. La rencontre ouvre alors un espace de liberté, à condition de ne pas effacer ce qui rend l'autre irréductible à soi.
Avec le deuxième acte, Lâcher prise, la voie du geste, la réflexion quitte la seule question des formes pour rejoindre celle de leur genèse. Le geste, la trace, l'empreinte et l'accident révèlent une conception de la création dans laquelle l'intention ne commande pas tout. Moyens sans fins, les gestes ne visent plus à se cacher, à corriger ni à dissimuler le faire, mais à laisser advenir. La matière résiste, le corps engage un savoir qui ne se réduit pas au discours, et l'œuvre conserve quelque chose de ce qui s'est produit dans l'instant. Créer suppose alors moins d'imposer entièrement une volonté que de savoir composer avec ce qui lui échappe.
Le troisième acte, Oreiller d'herbes, prendre part, élargit cette remise en question à notre relation au vivant. La nature peut-elle être autre chose qu'un paysage à contempler, un motif à reproduire ou une ressource à exploiter ? Les œuvres nous invitent à envisager une relation fondée non plus seulement sur la distance et la maîtrise, mais sur l'appartenance et l'interdépendance. Prendre part, c'est reconnaître que nous ne sommes pas extérieurs au monde que nous transformons.
Enfin, Je est un autre, le Japon imaginal revient sur la question qui sous-tend l'ensemble du cycle. Une rencontre peut laisser des traces identifiables ; elle peut aussi agir plus silencieusement, jusqu'à transformer notre sensibilité sans que son origine demeure immédiatement reconnaissable. Ce qui persiste n'est alors plus seulement un emprunt formel, mais une capacité nouvelle de voir, de penser et de créer. L'autre n'est pas devenu nous : c'est notre rapport à nous-mêmes qui s'est déplacé.
Ces quatre actes dessinent ainsi un mouvement : de la forme au geste, du geste au vivant, du vivant à la transformation de soi. Ils interrogent les différentes manières dont une rencontre peut nous faire sortir de nos habitudes, de nos manières de nous considérer et regarder autour de nous.
Cette question dépasse largement l'espace de l'histoire de l'art. À l'heure où les identités sont mobilisées comme des frontières à défendre, où l'autre et refoulé comme un motif de rejet, il semble nécessaire de rappeler qu'une vie s'abime lorsqu'elle envisage les relations comme prédation ou en défiance de ce qui lui est étranger.
Reconnaître la fécondité d'une rencontre ne signifie ni idéaliser l'autre ni abolir les différences. Cela suppose au contraire de prendre celles-ci au sérieux, sans les convertir en raisons de fermeture.
Les œuvres réunies au fil de S'orienter donnent à cette réflexion une présence volontairement décalée et concrète. Elles témoignent de rencontres historiques singulières, de transferts, de reprises et d'inventions. Elles nous permettent de considérer la création non comme l'expression d'une identité immuable, mais comme un processus vivant, traversé par des influences que les artistes transforment à leur tour.
C'est aussi ce qui me semble faire la vraie richesse de ces objets : au-delà de leur qualité esthétique, de leur histoire et de leur matérialité, ils témoignent en acte de ce qui subjective une humanité à la rencontre d'elle-même et de ce qui peut naître de ces seuils où soi et l'autre se lient.
Ce sont des objets singuliers, façonnés dans des contextes très différents, mais que l'angle par lequel on les aborde permet de regarder sous un jour nouveau, espace d'une communauté. J'espère que ce parcours aura aussi donné envie de s'attarder sur elles, de revenir à leur histoire et à ce qu'elles continuent de nous dire.
Ce cycle s'achève sans épuiser les questions qu'il a arpentées. Peut-être est-ce même l'un de ses enseignements : s'orienter ne consiste pas à trouver une direction, mais à accepter que le sens d'une rencontre déplace durablement nos manières de voir et invite à regarder autrement ce que nous pensions connaître.
Les quatre actes sont à retrouver dans le Journal de la galerie, pour celles et ceux qui souhaitent reprendre le parcours, comme pour celles et ceux qui le découvrent aujourd'hui.
Merci à vous d'avoir pris le temps de suivre, de le lire et de regarder ces œuvres avec attention.
Augustin DAVID, automne 2026
