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Forme(s) simple(s)..Simple form(s)

Expositions..Exhibitions

Avec Forme(s) simple(s), la galerie stimmung amorce un cycle de recherches et d'expositions.

Ce cycle se déroulera sur un temps long, en plusieurs étapes, formant chacune, et dans leur ensemble, une tentative d'enquête sur l'insaisissable idée de forme simple.

Photographies par Damien Ropero



" Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire
? "
Hiroshima mon amour, Marguerite Duras


À l'origine de ce cycle, il y a l'envie de creuser une intuition qui dessine une lecture marginale de l'art. Une intuition fondée sur des formes qui dans une simplicité tactile, sensible, nous étreignent autant qu'elle nous appellent.

Lorsqu'en 2014, Jean de Loisy et le Centre Pompidou-Metz inaugurent l’exposition Formes simples, ma position est déjà évidente qu'il existe d'autres manières d'interroger la genèse d'une forme que celles de l'histoire de l'art orthodoxe.
Nous partageons alors l'intuition sensible que certaines formes permettent d'interroger autrement le rapport des humains à la chose, à l'objet et à l'art.

Dans cette perspective dont est née la voie de galerie stimmung, vibre cette idée que les choses sont d'abord médiations, qu'elles sont au cœur de processus de subjectivation et que la suma divisio de la pensée occidentale entre sujet et objet demeure quasi inopérante pour saisir ce qui, avec elles, fait aussi monde.
L'approche saisie par Loisy à Metz est passionnante, déterminante, mais ne recoupe pas certainement ce qui cheminait alors dans mon esprit.
Dès lors, cette pensée a été nourrie, dépliée, et elle est devenue l'horizon d'une plus large recherche dont on pourra mesurer j'espère, l'intérêt au fil des mois qui viennent.

Mon approche est différente, elle s'appuie sur une matérialité très concrète, observée et questionnée : Il y a des objets auxquels j'ai été confronté et qui, malgré leur différences évidentes, semblent animés d'un même flux, d'une même simplicité intuitivement perceptible.
Ces formes, je les ai d'abord crues induites par les gestes non-intuitifs de l'humain, de l'artisan. Je les ai perçues comme relevant d'une invisible essence de toute forme.
Je les ai aussi perçues à travers un « naturalisme », un rapport entre nature et humanité où l'humain ferait nécessité des contingences d'une nature qu'il tient pourtant à distance si souvent. C'était probablement me tromper, dans les deux sens du terme : faire erreur et me mentir.
Ce que j'ignorai encore et qui m'a aidé depuis à dépasser quelques butées, c'est que l'humain EST nature mais qu'il a forgé une lecture du monde pour tenir à distance ce qui le constitue pourtant sensiblement. À l'instant où je vous parle comme à celui où vous me lisez, nous sommes mondes, biotopes, écosystèmes. Nous sommes toujours déjà autre que le soi-même et ce soi n'est que le mensonge qui cache toujours la part de l'autre en nous. L'autre arbre, l'autre microbe, l'autre air, l'autre souffle, l'autre animal, l'autre artefact, l'autre caillou, l'autre humain. Il n'y a d'ailleurs pas univers, mais une pluralité de mondes, un plurivers comme le disent quelques chercheurs importants de notre temps. (sur l'altérité voir aussi l'introduction de notre article L'autre face de la lune)

Ce plurivers peut être compris comme pluralité de mondes hétérogènes, un monde qui n’est plus un monde mais une multitude de fragments, de liens et d'espaces mouvants qui exigent d'autres façons de d'être et de penser, où la raison côtoie les marges pour habiter des espaces-temps multiples et variés, pour destituer l'institué et nous permettre d'élargir l'horizon d'un futur toujours plus incertain.
L’émergence, la sensibilité de cette pluralité de mondes marque justement une différence entre les temps modernes et notre temps contemporain où, comme le rappelle Augustin Berque, l’univers, le cosmos, l'apparent besoin de système rationnel du réel, ont disparu au profit de possibles cohabitants, de devenirs, du chaos.
Cette perte ne va pas sans un questionnement des idées de sujet, d'objet, de raison, de spiritualité, encore vivaces.
Elle résonne aussi en creux dans cette phrase tant invoquée de Giorgio Agamben : « Seul peut se dire contemporain celui qui ne se laisse pas aveugler par les lumières du siècle et parvient à saisir en elles la part de l’ombre, leur sombre intimité. Avec ceci, nous n’avons pas encore tout à fait répondu à notre question. Pourquoi le fait de réussir à percevoir les ténèbres qui émanent de l’époque devrait-ils nous intéresser ? L’obscurité serait-elle autre chose qu’une expérience anonyme et par définition impénétrable, quelque chose qui n’est pas dirigé vers nous et qui, par la même, ne nous regarde pas ? Au contraire, le contemporain est celui qui perçoit l’obscurité de son temps comme une affaire qui le regarde et n’a de cesse de l’interpeller, quelque chose qui, plus que toute lumière, est directement et singulièrement tourné vers lui. Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps. »

Je crois justement que dans une telle perspective, on peut saisir les contours mobiles de ce qui nous lie aux choses et ce qui en fait un outil pour qualifier notre être-au-monde dans un temps et un espace.
Une tonalité.

Comme le dit Jacques Rancière, celui qui regarde est celui qui cherche à saisir la puissance dans l'invisible. Dans ce mouvement d'interrogation existentiel, l'intuition d'un régime de vérité s'exprimant dans les choses, s'est incarnée notamment dans l'attention que je porte à ces formes simples.
Si certaines révèlent des rapports particuliers à l'émergence d'une douceur, d'une mollesse, d'un confort et d'une simplicité d'appréhension, d'autres peuvent mobiliser l'idée de simplicité tout autrement. (voir les futurs chapitres 2 et suivants) C'est comme si, à travers leur questionnement, ces formes permettaient de toucher du doigt une histoire plus large, polyphonique, qui révèlerait dans son centre caché un rapport plus vrai et plus fécond entre nous et ces choses. Une sorte de territoire en amont/en avant du savoir qui laisserait la part belle à l'intuition et au sensible.
Alors, qu'est ce qui unit des choses d'apparences si disparates, si décorrélées dans l'espace et le temps et aux usages si multiples ?
Qu'est ce qui nous les rends familières, qui nous donne envie de les saisir, de les caresser ?
Qu'est ce qui les lie formellement entre elles, et à nous ? ou pour le dire autrement comment font-elles monde avec nous, et nous avec elles, parmi d'autres composantes de nos existences?
Plus simplement, qu'est ce qui en fait les outils, les moyens de rapports au monde ?

J'ai la conviction que déplier cette intuition d'un autre rapport au monde et aux choses, c'est accéder peut-être à une épaisseur qualitative, à une vie plus riche de sa simplicité, de son honnêteté, du caractère infini et possible de ce qui la traverse et dont elle se laisse traverser.

Demandez le programme!

Dans les temps qui viennent, nous filerons donc au long cours quatre pistes pour tenter d'éclairer ces formes simples.
Quatre pistes dont aucune ne peut restreindre les hypothèses sur l'émergence des formes et sur l'usage qu'elles ont, par-delà, dans nos vies.
Il n'y a point ici de vérité, d'exhaustivité, ces quatre pistes seront autant de chapitres d'une pensée en construction qui pourrait en compter bien d'autres.

À l'heure où nous écrivons ces lignes, seul le premier chapitre est prêt, les autres prendront place au fil d'un temps qui conspirera avec les découvertes que cette enquête porte en puissance.

Chapitre 1 : Einstein on the beach, archéologie de la forme libre

Dans ce chapitre inaugural, nous prendrons au sérieux plusieurs aspects qui peuvent expliquer l'émergence, au cœur du vingtième siècle, d'un formalisme inassignable auquel on donne les noms variés de biomorphisme, de mouvement organique, de forme libre ou encore de style atome.
Il nous faudra tenter de tenir ensemble des questions disparates, des hypothèses difficiles à articuler mais qui déploieront des intuitions peut-être trop peu filées dans l'histoire de l'art.
On parlera de geste artisanal, d'atome, de la catastrophe nucléaire et de foi trop aveugle dans l'idée de progrès.

Chapitre 2

Dans le deuxième chapitre nous sonderons le rapport à une autre simplicité formelle, celle de la rencontre gracieuse et respectueuse avec une « nature des choses ».
L'humain s'affaire à produire, à faire, à donner corps à ces gestes et parfois, il inaugure un rapport à minima, sublimant seulement la matière dont-il dispose. Nous tâcherons de voir comment, en Asie comme un Europe ou en Afrique, l'humain a avant-tout cherché à sublimer une nature déjà-là.
Comment devant une beauté effarante de naturel, les gestes se font discrets, médiateurs clandestins pour saisir cette beauté déjà présente.

Chapitre 3

Dans le troisième chapitre, nous poursuivront une enquête formelle sur les caractères de la simplicité. Nous irons à contre-courant en interrogeant l'idée d'intuition partagée, de forme minimale et celle plus délicate d'archétype.
Sommes-nous seulement sûrs de ce dont nous parlons lorsque l'on invoque la simplicité ? Qu'est ce qui est simple dans une forme ? Ce qui est simple pour moi l'est-il pour toi ? Est-ce surtout une simplicité plastique ? visuelle? Porte-t'elle un beauté?
Il faudra mettre à l'épreuve cette assertion que la beauté est d'abord dans le regard, qu'elle n'est ni plus ni moins organique que la délectation du gourmet, qu'il y a autour des deux jouissances le même flou, le même silence de la raison. Est-ce vrai que dans la compréhension de la beauté, bien plus que la perception intellectuelle, c'est l'intuition qui semble proche de l'essence.
Si connaître les faits qui concernent un objet beau c'est seulement tourner autour, si voir c'est aller droit au cœur, il faudra peut-être interroger si le discernement intellectuel est moins essentiel à la compréhension de la beauté que l'intuition qui le précède ?

Chapitre 4

Dans ce qui apparaît aujourd'hui comme le dernier chapitre, le quatrième, nous tâcherons plus succinctement de sonder un rapport à la simplicité marqué par l'héritage naturaliste.
" Ce qu’est la beauté, je l’ignore, l'art véritable est dans la nature; qui sait l'en extraire, le possède." disait Albrecht Dürer. Comment l'allégeance de l'humain à la représentation peut encore nous interroger?
On s'appuiera sur les tentatives que certains artistes ont imaginées avec leurs gestes et leurs perceptions pour célébrer un être-nature par l'artifice, l'évocation ou le trompe-l’œil. Nous mobiliserons la nature au sens qui prévaut dans la tradition romantique.
En évoquant la nature, on lui donne bien une voix, une portée qui célèbre, loue et interroge aussi nécessairement un idéal.

Les pistes demeurent multiples et il est tout à fait possible que d'autres perspectives ou contradictions viennent éclairer ce mouvement.

Augustin DAVID, automne deux mille dix-neuf


Merci de tout cœur à Damien Ropero pour son soutien attentif et la beauté de ses images.

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