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« Le monde est à coup sûr sorti de ses gonds, seuls des mouvements violents peuvent tout réemboîter. Mais il se peut que, parmi les instruments servant à cela, il y en ait un, petit, fragile, qui réclame qu'on le manipule avec légèreté. »
Bertolt Brecht
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Il faut bien le reconnaître :
l'époque n'est pas à l'euphorie.
L'art et celles et ceux qui le font vivre traversent une période d'affaiblissement dont les causes et les effets dépassent largement le monde de l'art. Dans l'ensemble du champ culturel, les fragilités s'accumulent. Il nous faut constater lucidement les difficultés tout en affirmant la volonté de maintenir un cap dans la tempête.
Les choix politiques, la violence géopolitique et leurs conséquences sur nos vies modifient nos priorités, notre disponibilité, parfois même notre capacité à nous projeter. Le temps de l'attention, de la curiosité et de la rencontre semble de plus en plus cerné par une sidération et un rétrécissement du débat intellectuel.
À cela s'ajoute une autre transformation plus discrète mais tout aussi profonde (qui n’est pas sans lien) qui traverse notre rapport au temps, à l'attention et aux savoirs.
Nous vivons dans un environnement saturé de contenus. Les intelligences artificielles en produisent désormais à une échelle inédite, et les habitudes de consultation façonnées par l'accaparement continu des réseaux sociaux confisquent nos profondeurs, changent nos manières et nos capacités de lire, de penser, de regarder et d'échanger. Les contenus se multiplient tandis que l'attention se raréfie et que l'autonomie de penser est mise à mal. L'originalité même devient plus difficile à discerner au milieu du bruit ambiant.
Dans un tel paysage, prendre le temps d'enquêter, de lire, de relier des idées, de suivre une intuition sur plusieurs années apparaît de plus en plus comme une activité marginale.
Et pourtant.
Depuis bientôt onze ans, la galerie stimmung se consacre précisément à ce travail-là
: celui de la recherche, de la joie du discernement, de l'enquête au temps long pour comprendre les conditions qui rendent certaines œuvres, certaines idées et certaines sensibilités possibles, désirables.
Au fil des années, cette recherche a emprunté des chemins parfois inattendus. Elle a mobilisé l'histoire de l'art, la philosophie, l'anthropologie, les sciences humaines et les pratiques artistiques anciennes comme contemporaines pour tenter de montrer que les œuvres ne sont jamais isolées, qu'elles participent toujours de questions plus vastes : pourquoi crée-t-on ? Comment regardons-nous ? Comment nous orientons-nous ? Que l'art fait-il à nos vies ? Quelles formes de vie désirons-nous ?
Ce travail ressemble parfois à une bouteille jetée à la mer.
Mais une bouteille n'est jamais lancée avec la certitude d'arriver mais bien parce que l'on croit encore à la possibilité d'une rencontre.
Dix années de publications m'ont cependant fait éprouver une chose rassurante : les lecteurs et lectrices, les amateur.rices d'art, les collectionneur.ses existent. Ils ne sont pas toujours assez nombreux, nous ne sommes pas toujours assez visibles.
Il faut s'accrocher.
Heureusement vous êtes là. Curieux.ses, ouvert.es, qui lisez, me faites confiance, revenez, partagez, discutez et accordez de la valeur à ce qui demande du temps.
C'est à vous que je pense aujourd'hui à l'heure de tenir bon.
À l'approche de l'été, je vous invite à (re)découvrir et à partager les deux premiers volets (Acte 1 et Acte 2) du cycle S'orienter. Ils constituent les fondations d'une enquête qui se poursuivra dès la rentrée.
La suite prolongera le même fil : explorer des manières d'aborder l'histoire de l'art et les idées qui ne se contentent pas de décrire le monde mais qui aident à y trouver des repères et des résonances.
Car s'orienter n'est pas seulement savoir où l'on va.
C'est apprendre à reconnaître ce qui importe. Ce qui réclame qu'on le manipule avec attention.
Merci à toustes pour votre présence, votre curiosité.
Merci de partager mon enthousiasme, de me soutenir et d'acquérir les œuvres témoignant de ce travail au long cours.
Merci, surtout, de soutenir cette nécessaire intelligence sensible qui prend le temps d'observer, de considérer, de relier, et de douter parfois, mais qui n'a pas renoncé à vouloir comprendre.
Je vous souhaite un très bel été, heureux et vivant, et vous donne rendez-vous à la rentrée.
Augustin, avant l'été.
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« The world has certainly come unhinged; only violent movements can put everything back together. But it may be that, among the instruments used for this, there is one, small and fragile, that demands to be handled with care. »
Bertolt Brecht
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We must acknowledge that this is not a time for euphoria.
Art and its market are going through a period of weakening that extends far beyond their borders. Throughout the cultural field, vulnerabilities are accumulating. We must lucidly recognize the difficulties while affirming our determination to stay the course through the storm.
Political choices, geopolitical violence, and their consequences on our lives are altering our priorities, our availability, and sometimes even our ability to plan for the future. The time for attentiveness, curiosity, and encounter seems increasingly surrounded by a sense of shock and withdrawal.
Added to this is another, more subtle but equally profound (and not unrelated) transformation that is impacting our relationship to time, attention, and knowledge.
We live in an environment saturated with content. Artificial intelligence now produces it on an unprecedented scale, and the consumption habits shaped by the continuous monopolization of social networks are confiscating our inner lives, changing our ways and our capacity to read, think, watch, and exchange information. Content is multiplying while attention spans are dwindling and independent thinking is being undermined. Even originality is becoming harder to discern amidst the ambient noise.
In such a landscape, taking the time to investigate, to read, to connect ideas, to follow an intuition over several years appears more and more as a marginal activity.
And yet. For almost eleven years, galerie stimmung has been dedicated precisely to this work: that of research, the joy of discernment, of long-term investigation to understand the conditions that make certain works, certain ideas and certain sensibilities possible, desirable.
Over the years, this research has taken some unexpected turns. It has drawn on art history, philosophy, anthropology, the humanities, and both ancient and contemporary artistic practices to try to show that artworks are never isolated, that they always participate in broader questions : Why do we create? How do we look? How do we orient ourselves? What does art do to our lives? What forms of life do we desire?
This work sometimes resembles a message in a bottle. But a bottle is never launched to be certain of arriving, but rather because one still believes in the possibility of an encounter.
Ten years of publications have taught me one thing, however: readers, art lovers, and collectors exist. They are not always numerous enough, not always visible, not always rich. You have to persevere.
Yet you are here. Curious, open-minded readers, trust me, come back, share, discuss, and value what takes time.
It is to you that I am thinking today.
As summer approaches, I invite you to (re)discover and share the first two parts (Act 1 and Act 2) of the Orienting oneself series. They form the foundation of an investigation that will continue in the fall. The next act will follow the same thread : exploring ways of doing art history and ideas that do not simply describe the world, but help us find points of reference and resonance within it. Because finding your way is not just knowing where you are going. It is learning to recognize what matters and need to be handled with care.
Thank you all for your presence, your curiosity, and your loyalty. Thank you for sharing my enthusiasm, for supporting me, and for acquiring the works that bear witness to this long-term endeavor.
Thank you, above all, for supporting this essential, sensitive intelligence that takes the time to observe, consider, connect, and sometimes doubt, but which has never given up on wanting to understand.
I wish you a wonderful, happy, and vibrant summer and look forward to seeing you in september.
Augustin, before summer.
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