
En décembre 2025, la galerie stimmung a fêté ses dix ans.
Cet anniversaire est pour moi l’occasion de vous remercier, vous qui depuis dix ans soutenez la galerie, son approche singulière et ses partis pris.
Je suis heureux et profondément reconnaissant pour ces années de rencontres, de recherches, de découvertes et de partage.
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Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière.
René Char (1907-1988)
Je crois que la résistance et l’art, dans ce qu’il a de meilleur, sont au fond similaires, et intimement liés. Sans doute cette mystérieuse relation n’a-t-elle jamais été absente de l’art véritable.
Alvar Aalto (1898-1976)
Alors, on pourrait dire : oui, l’art c’est ce qui résiste. (…)
Et quel rapport y a-t-il entre la lutte des hommes et l’œuvre d’art ?
Le rapport le plus étroit et pour moi le plus mystérieux. (…) Il n’y a pas d’œuvre d’art qui ne fasse appel à un peuple qui n’existe pas encore.
Gilles Deleuze (1925-1995)
Nous ne cesserons pas d’explorer — l’aboutissement de toutes nos quêtes sera d’atteindre l’endroit d’où nous étions partis — et, pour la première fois, de le reconnaître.
T.S. Eliot (1888-1965)
La galerie stimmung est une opération continue de bifurcations. Une somme de mouvements sur dix années de recherches, de rencontres, de gestes partagés et de mondes explorés.
Fondée en 2015, la galerie est née d’un désir bien antérieur à sa création. La crise de 2008 avait déjà profondément transformé ma manière d’entrer en relation avec l’art, les objets et le monde. Elle rendait urgente la nécessité d’apprendre à être plus présent·es, plus attentif·ve.s, plus curieux·ses de ce que les choses font et demandent, afin d’espérer faire un usage plus juste du monde.
La galerie stimmung s’est ainsi construite comme un espace autonome de recherche, de vente et de partage. Un lieu où l’activité commerciale garantit la liberté et l’indépendance intellectuelle, et où les objets sont abordés non comme des marchandises, mais comme des seuils vers des manières ajustées d’habiter le monde.
Puisque l’art est par essence médiation, j’ai toujours fait le pari que ce qui m’importait pouvait aussi importer à d’autres. Le travail de la galerie s’inscrit ainsi au croisement de l’art, de l’anthropologie et de la philosophie politique, avec une attention particulière portée aux formes vernaculaires, aux gestes situés et aux écologies culturelles.
De la céramique du XXᵉ siècle au design nordique en passant par les traditions vannières et les marginalités; des arts populaires japonais (mingei) aux arts vernaculaires de l’aire baltique, ces recherches dessinent une cartographie d’hybridations et de résonances. Elles interrogent l’art comme espace de résistance, capable de relier des perspectives éloignées et de produire des frictions fécondes à ce qui me semble être de bons endroits, des foyers incandescents dont les flammèches peuvent autant éclairer le présent qu'incendier ce qui doit l'être du monde d'avant.
Les objets présentés sont envisagés comme des territoires matérialisés. Ils portent des paysages, des climats, des communautés, des formes-de-vie. Ils donnent accès à ce que Walter Benjamin appelait « l’unique apparition d’un lointain ».
Depuis dix ans, la galerie stimmung explore ainsi des histoires souvent minorées, met en lumière des champs et des œuvres oubliés ou invisibilisés et s’éloigne volontairement d’une histoire linéaire pour arpenter des espaces-temps discontinus mais reliés : un plurivers aux tonalités affectives multiples.
Ce travail s’inscrit dans une démarche de long terme, nourrie par l’enseignement et la recherche, et prolongée par le journal en ligne de la galerie. Il repose sur la conviction que l’art est un outil essentiel pour penser les défis du présent et imaginer des futurs plus désirables.
Merci à toutes celles et ceux — artistes, chercheur.euses, lecteur.rices, collectionneur.euses, amateur.rices, formidables ami.es — qui, par leur attention, leur soutien et leur curiosité, rendent cette odyssée possible depuis dix ans.
Votre attention est particulièrement précieuse pour des trajectoires marginales et incertaines comme la nôtre, alors n’hésitez pas : parlez-en, partagez nos articles (en nous citant 😉), ce bouche-à-oreille reste, à mes yeux, la forme de partage la plus essentielle.
Puissent les années à venir être aussi riches que celles écoulées.
À bientôt.
Augustin DAVID